DES REVES POUR LA VILLE AU FIL DE PALABRES SOUS UN FIGUIER...
DNA du 8/8/2004
Sonia Jacob a fait un pari : celui de penser la ville avec tous ceux qui se sentent concernés.(Photo DNA)
Et voilà que l'été se prête à philosopher : manière d'apporter sa pierre citoyenne à l'édification d'une vision d'avenir pour Sarre-Union, SoniaJacob invite tous les vendredis après-midi à une petite halte palabre à l'ombre de son figuier. Dans la cour de la pharmacienne, en plein coeur de la Grand'rue, c'est le passé de la cité qui, soudain, inspire quelques idées
La petite pancarte fait discrètement son apparition, avec le début de l'après-midi, en plein coeur de Sarre-Union. Dans la Grand'rue, alors que les travaux de réhabilitation bloquent encore la circulation à quelques mètres de là, les phrases écrites à même le bois attirent l'attention. En se faisant espace de poésie en pleine ville, en suscitant les interrogations. Car les « palabres sous le figuier » - ainsi qu'on lira l'intitulé - résonnent comme une invitation à la curiosité. Au point que l'on se laisse tenter, on passe le pas de la porte pour découvrir ce qui, derrière, est abrité.
C'est là que surgit, au fil des pierres, un autre Sarre-Union. Une image de ville inattendue, d'ordinaire loin des regards des passants. Dans la petite cour intérieure, à l'arrière de la pharmacie Saint-Georges, les vestiges de l'histoire locale sont encore très présents à travers l'architecture du bâtiment. Deux linteaux de porte, XVIe et XIXe siècle, y ont par exemple été mis en valeur à la faveur d'une restauration. A l'ombre rafraîchissante des murs, on prend son temps pour admirer les richesses de ce patrimoine digne d'intérêt. « L'idée a germé l'an dernier, quand des gens ont découvert la cour et ses vestiges architecturaux. explique Sonia Jacob. Ils étaient très étonnés. Je me suis donc dit qu'il fallait offrir ce patrimoine à la vue de ceux qui le souhaitaient ».
Pas d'idées préconçues
Mais le véritable sens de la démarche est un peu plus loin. Car la maîtresse des lieux attend patiemment à quelques mètres de là, au pied de son figuier devenu arbre à palabres improvisé. Depuis deux semaines, la pharmacienne ici muée citoyenne a en effet décidé de consacrer tous ses vendredis après-midi à discuter avec les visiteurs pour refaire le monde... A commencer par Sarre-Union. Trouver, ainsi, en la cité ce qui pourrait fédérer ses habitants et asseoir son identité. « A Sarre-Union, il y a beaucoup de gens intéressants et beaucoup de jeunes brillants. Ce que je veux faire ici, c'est rassembler toutes ces personnes, tous ceux qui le souhaitent, pour alimenter le débat. Savoir ce qu'il faudrait faire selon eux pour donner un avenir à la ville ».
Sonia Jacob n'a pas plus de réponses que d'idées préconçues sur le sujet. Elle se dit là pour écouter. Et puis, elle est même prête à disserter sur tous les autres thèmes qui peuvent se présenter. « L'essentiel, c'est d'apporter des idées, et surtout de se rencontrer et d'échanger. C'est un premier pas quand il s'agit de se mettre à réfléchir ensemble ». Sans aucune dimension politique dans cette affaire, si ce n'est que, vertu démocratique affirmée, la femme rêve d'un petit noyau de réflexion - au minimum - qui pourrait à terme devenir force de proposition. « En fédérant toutes les bonnes volontés, on peut avoir des idées. On peut même les partager, si l'on est écouté ».
Sous l'arbre à palabres, toutes les idées, toutes les visions d'avenir ou de passé - le coeur d'une identité culturelle - sont donc les bienvenues au fil de l'été. Sonia Jacob espère même pouvoir prolonger l'expérience plus loin dans l'année : « Si ça fonctionne, on pourrait continuer cette démarche par un forum sur le web, ou par des rencontres en intérieur. Mais il faut maintenir une telle dynamique ». Dont les effets sont d'ailleurs déjà sensibles dans la localité : l'initiative marque, discrètement, une première petite renaissance des animations au coeur de la cité...
Nicolas Blanchard
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